
— Mlle Liewens ?…
— Oui… Vous êtesFrançais ?…
Tout en parlant, elle regardait lavache. Elle avait un sourire un tantinet ironique que Maigret ne comprit pastout de suite.
Et ici encore les idées préconçuesse révélaient fausses. Beetje Liewens portait des bottes de caoutchouc noir quilui donnaient des allures d’écuyère.
Par-dessus, une robe de soie verte,que cachait presque entièrement un tablier d’infirmière.
Un visage rose, trop rose peut-être.Un sourire sain, joyeux, mais qui manquait de subtilité. De grands yeux d’unbleu de faïence. Des cheveux roux.
Elle dut chercher ses premiers motsde français, qu’elle prononça avec beaucoup d’accent. Mais elle ne tarda pas àse familiariser à nouveau avec la langue.
— C’est à mon père que vousvoulez parler ?
— A vous…
Elle faillit pouffer.
— Vous m’excuserez… Mon pèreest allé à Groningen… Il ne rentrera que ce soir… Les deux valets sont sur lecanal, où ils déchargent du charbon… La servante fait son marché… Et c’est lemoment que la vache choisit pour vêler… On ne s’y attendait pas… Je suis touteseule…
Elle était appuyée à un treuilqu’elle avait préparé à tout hasard, au cas où il faudrait aider la bête. Ellesouriait de toutes ses dents.
Il y avait du soleil dehors. Sesbottes luisaient comme du vernis. Elle avait les mains grassouillettes etroses, les ongles soignés.
— C’est au sujet de ConradPopinga que…
Mais elle sourcilla. La vache venaitde se lever d’un bond douloureux et de retomber pesamment.
— Attention… Vous voulezm’aider ?…
Elle prit des gants de caoutchoucqui étaient préparés.
C’est ainsi que Maigret commençacette enquête en aidant un veau de pure race frisonne à venir au monde, encompagnie d’une jeune fille dont les gestes assurés révélaient l’entraînementsportif.
