Une demi-heure plus tard, tandis quele nouveau-né cherchait déjà les mamelles de sa mère, il était penché avecBeetje sous un robinet de cuivre rouge et se savonnait les mains jusqu’auxcoudes.

— C’est la première fois quevous faites ce métier ? plaisanta-t-elle.

— La première…

Elle avait dix-huit ans. Quand elleretira son tablier blanc, la robe de soie sculpta des formes pleines qui,peut-être à cause de l’atmosphère ensoleillée, avaient quelque chosed’extrêmement capiteux.

— Nous parlerons en prenant lethé… Venez à la maison…

La servante était rentrée. Le salonétait austère, un peu sombre, mais d’un confort raffiné. Les petites vitres desfenêtres étaient d’un rose délicat, à peine perceptible, que Maigret n’avaitjamais rencontré.

Une bibliothèque pleine de livres.De nombreux ouvrages sur l’élevage et sur l’art vétérinaire. Sur les murs, desmédailles d’or remportées aux expositions internationales et des diplômes.

Au beau milieu de tout cela, lesderniers livres de Claudel, d’André Gide, de Valéry…

Beetje eut un sourire plein decoquetterie.

— Voulez-vous visiter machambre ?

Et elle guetta ses impressions. Pasde lit, mais un divan recouvert de velours bleu. Les murs tendus de toile deJouy. Des rayonnages sombres et des livres encore, une poupée achetée à Paris,toute froufroutante.

Un boudoir, presque, avec pourtantune ambiance un peu lourde, solide, réfléchie.

— N’est-ce pas comme àParis ?

— Je voudrais que vous meracontiez ce qui s’est passé la semaine dernière…

Le visage de Beetje se rembrunit,mais pas trop cependant, pas assez pour laisser croire qu’elle prenait lesévénements au tragique.

Sinon eût-elle eu ce sourire vibrantd’orgueil en montrant sa chambre ?

— Allons prendre le thé…

Et ils s’assirent face à face,devant la théière recouverte d’une sorte de crinoline empêchant la boisson derefroidir.



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