Il ne croit pas à l’efficacité de cette suite de forts, de casemates qui se succèdent des Vosges aux Ardennes. Mais au-delà, que fera-t-on pour arrêter les blindés allemands s’ils s’élancent dans les forêts ardennaises réputées infranchissables selon Gamelin, le général en chef, et le maréchal Pétain, statue du Commandeur de toute l’armée ?

Seul Paul Reynaud, ministre des Finances du gouvernement Daladier – négociateur et signataire des accords de Munich, véritable capitulation devant Hitler –, écoute de Gaulle, l’appuie. Reynaud pourrait être le Churchill français.

Mais que peut-il alors que le pacifisme ronge l’opinion, qu’on refuse de « mourir pour Dantzig », qu’on préfère une paix de soumission à la boucherie héroïque et victorieuse de 1914-1918 ?

Hitler sait tout cela.

Le 6 octobre 1939, il monte à la tribune du Reichstag, applaudi par les députés dont la plupart portent l’uniforme.

« Pourquoi cette guerre à l’ouest ? s’écrie-t-il. Pour la restauration de la Pologne ? Il serait insensé d’anéantir des millions d’hommes et de détruire des biens valant des millions pour reconstruire un État qualifié d’avorton dès sa naissance par tous ceux qui n’étaient pas d’origine polonaise. »

Daladier, Chamberlain repoussent cette offre de paix, ce leurre, mais le poison est instillé : « Pourquoi mourir pour Dantzig ? Pour rendre aux Polonais cette ville allemande qui vient, en délire, d’acclamer Hitler ? »

Drôle de guerre sur ce front de l’Ouest.

Par dizaines, chaque jour, des trains passent sur la rive droite du Rhin, à 500 mètres des armes automatiques françaises, mais on n’ouvre pas le feu. Les guetteurs dénombrent les wagons et rendent compte, puis reprennent la partie de belote interrompue.



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