
Une crue du fleuve emporte quelques chalands : les états-majors cherchent une ligne droite pour les faire couler par des casemates de berge sans que les projectiles aillent frapper la rive allemande. On n’a compté en septembre, au moment de la ruée nazie sur la Pologne, qu’une brève offensive française en Sarre suivie d’un rapide repli.
Les officiers allemands s’étonnent. L’un d’eux écrit : « Nos cheveux se dressent sur la tête en pensant à la possibilité d’une attaque française d’envergure alors que le gros des forces allemandes – tanks, divisions blindées, Luftwaffe, unités d’élite – est en Pologne. »
Mais rien ne se produit. L’activité la plus fébrile concerne l’organisation des spectacles par la section du Théâtre aux Armées !
Et pourtant, note un témoin : « Tous les villages que j’ai traversés regorgent de troupes et de matériel. Les voies ferrées déversent abondamment ravitaillement et engins de guerre. Les usines travaillant pour la défense nationale marchent nuit et jour. Et il n’y a pas de bombardements même aériens. Est-on en guerre ? C’est la question que chacun se pose. Le malaise et le mécontentement se répandent. Les gens des campagnes se plaignent non seulement de leurs difficultés mais de la mauvaise volonté que l’on met à accorder des permissions agricoles alors que le travail presse et que les dépôts regorgent d’hommes qu’on ne sait à quoi employer. »
La propagande allemande inonde ces troupes françaises inactives, désorientées. Tracts, émissions de radio répètent inlassablement que cette guerre est inutile, qu’elle ne sert pas les intérêts français mais ceux de la City de Londres. On rappelle l’offre de paix de Hitler.
Mourir pour Dantzig, pour l’avorton polonais ? Folie.
De Gaulle s’indigne de cette passivité française. Il écrit à Paul Reynaud :
« Notre système militaire a été bâti exclusivement sur la défensive en vue de la défensive : si l’ennemi n’attaque pas c’est l’impuissance quasi totale.
