
« La tempête va faire rage, elle va mugir, toujours plus fort, toujours plus violemment. Elle va s’étendre au sud, elle va s’étendre au nord. Aucune fin rapide n’est possible sinon par une action commune. »
La voix se fait plus grave, le ton plus dur :
« Vous pouvez être absolument assurés que, de deux choses l’une, soit tout ce que la Grande-Bretagne et la France représentent dans le monde moderne disparaîtra, soit Hitler, le régime nazi et la menace allemande ou prussienne périodique seront brisés ou détruits. Voilà où nous en sommes et tout le monde ferait bien de prendre son parti de cette réalité concrète et sombre. »
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Chaque jour de ces premiers mois de 1940, de février à avril, d’un hiver implacable à un printemps étincelant et souverain, confirme les intuitions et les analyses du colonel Charles de Gaulle et de sir Winston Churchill, Premier lord de l’Amirauté.
Hitler, comme un fauve qui, les yeux mi-clos, guette sa proie, continue de jouer avec l’esprit de ces millions d’hommes mobilisés, arrachés à leur vie que ronge l’inaction et que désoriente la propagande de Radio Stuttgart. Un journaliste français à la voix nasillarde – un certain Ferdonnet – connaît l’emplacement des unités françaises aussi bien – et mieux – que les officiers dont il cite les noms.
La rumeur se répand qu’une « cinquième colonne » désorganise, paralyse les armées alliées, qu’elle a partout des complices qui se dévoileront au moment de l’offensive, qui viendra sans doute avec le beau temps.
Mais que faire d’ici là ? Et pourquoi faudrait-il que cette guerre ait lieu ?
De Gaulle le dit et le répète.
« L’ennemi attendra, suivant moi, que l’actuelle stagnation énerve et mécontente l’armée et le peuple français. Il attaquera seulement quand cette passivité prolongée et l’effort de sa propre propagande auront entraîné chez nous un fléchissement moral. »
