Gamelin ne réagit pas.

Il n’est pas ébranlé quand on lui transmet les photographies prises par le pilote Antoine de Saint-Exupéry.

L’écrivain, mobilisé, a repéré huit ponts de bateaux jetés sur le Rhin par le génie allemand, entre Bonn et Bingen.

On repère d’autres ponts sur la Moselle, à la frontière de l’Allemagne. Ils attestent que c’est dans cette direction que frapperont Panzers et troupes motorisées.

Mais Gamelin reste immobile.

De Gaulle rencontre le généralissime qui a installé son état-major au château de Vincennes.

Gamelin lui confirme, bien que de Gaulle ne soit que colonel, qu’on va lui attribuer le commandement de la 4e division cuirassée en formation, un poste qui aurait dû revenir à un général.

De Gaulle dit sa fierté.

Il sait que Paul Reynaud a pesé pour qu’on lui accorde ce commandement.

Il écoute Gamelin qui, dévoilant une carte, annonce qu’il s’attend à une attaque allemande dans les prochaines semaines. Il est prêt. Il fera entrer ses troupes en Belgique. Il est sûr de lui.

Et si l’attaque se portait sur la Meuse, à Sedan, interroge de Gaulle.

Gamelin le dévisage longuement.

« Je comprends votre satisfaction, dit-il. Quant à votre inquiétude, je ne la crois pas justifiée. »

De Gaulle salue, traverse les salles silencieuses.

Il a l’impression de se trouver dans un couvent. Il s’étonne.

Le général Gamelin a choisi de partager son quartier général en trois : au sien s’ajoute celui du général Georges à La Ferté-sous-Jouarre, le plus à l’est ; et celui du général Doumenc et les services administratifs sont à Montry.

Comment peut-on commander en chef dans ces conditions ?

De Gaulle s’éloigne, mal à l’aise.

Il respecte l’intelligence, l’esprit de finesse, l’estime de soi de ce grand chef, mais Gamelin s’apprête dans son « cloître à assumer tout à coup une responsabilité immense



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