
« Quoi qu’il arrive, l’Angleterre ira jusqu’au bout, dût-ellele faire absolument seule. »
Une petite foule l’entoure, l’applaudit, l’encourage et, àson secrétaire Coville, Churchill, mâchonnant son cigare, murmure qu’il necomprend pas pourquoi il conserve une telle popularité. Après tout, maugrée-t-il,depuis son accession au pouvoir, tout a mal tourné et il n’a eu que desdésastres à annoncer.
Puis lançant sa canne en avant, marchant d’un pas rapide, ilmarmonne :
« London can take it », Londres peutencaisser ça.
Le Blitz n’a pas brisé la volonté de la population, mêmesi dans les quartiers populaires de l’East End les critiques, le défaitisme, l’antisémitismefusent mais s’effacent vite lorsqu’on apprend qu’une bombe est tombée dans lacuisine du Premier Ministre, 10, Downing Street, que Buckingham Palace et leWest End sont à leur tour touchés.
« Londres ressemble à un gigantesque animalpréhistorique, dit Churchill, capable de recevoir sans broncher des coupsterribles et qui, mutilé, saignant par mille blessures, persiste cependant à semouvoir et à vivre. »
La bataille d’Angleterre, en dépit de l’acharnementquotidien et nocturne de la Luftwaffe, est donc gagnée par les Anglais.
Même si Churchill – nom de code pour ses déplacements :colonel Warden – peut chaque jour mesurer le saccage que réalisent lesbombardiers allemands.
En janvier 1941, à Bristol, où Churchill doit décerner à l’ambassadeurdes États-Unis et au Premier ministre australien deux doctorats honoriscausa, la ville a été éventrée dans la nuit précédant la cérémonie. EtChurchill remet les doctorats, au milieu des ruines, devant des autorités qui, enuniforme de défense passive, viennent de participer aux secours.
Churchill paraît encore plus déterminé en ces circonstances.On a gagné la bataille d’Angleterre !
