La bataille de l’Atlantique doit être gagnée comme l’a étéla bataille d’Angleterre.

C’est une guerre sans haine que mène Churchill. Il n’enabandonne jamais la direction. Il dicte jusqu’à l’aube. Il reçoit des visiteurs,lit des rapports toute la nuit.

Il est soit à Downing Street, soit dans les appartements etles bureaux souterrains qui ont été aménagés à Storey’s Gate. Il passe lesweek-ends non plus dans sa propriété de Chartwell mais aux Chequers.

Il arrive le vendredi dans cette résidence du PremierMinistre avec une vingtaine de personnes – secrétaires, valet, chauffeurs,policiers, projectionnistes, assistants, membres de son cabinet, visiteurs.

Il épuise à la tâche son entourage. Il fume ses énormescigares, il boit, infatigable.

Churchill se meut, à l’aise, avec une sorte de jubilationintellectuelle, dans cette guerre qui chaque jour gagne de nouveaux espaces.

Cyrénaïque, Libye, déserts, Égypte, Érythrée, Somalie, Éthiopie,et bientôt les Balkans, la Grèce, la Crète : tous ces lieux parlent à samémoire d’homme de culture classique, pour qui la Méditerranée a été – estencore – le centre de la civilisation.

Le 5 janvier 1941, il célèbre la victoire des troupesdu général Wavell, qui viennent de mettre en déroute l’armée italienne en s’emparantde Bardia.

Il ordonne qu’on chasse les Italiens de toute la Cyrénaïque,qu’on encercle et prenne Tobrouk, puis il change d’avis, craignant uneintervention allemande en Grèce au secours des troupes italiennes menacées.

Il explique à Wavell que « le soutien à la Grèce doitdésormais avoir priorité sur toutes les opérations au Moyen-Orient ».

Les généraux anglais chancellent sous ce déluge d’ordres etde contrordres, de questions.

« Churchill nous bombarde de mémorandums sur tous lessujets imaginables, petits ou grands, et nous perdons beaucoup de temps pour yrépondre », commente le général Kennedy, directeur des Services desopérations militaires et de la planification.



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