« Moi, ce sera Max », conclut Jean Moulin.

« Je le revois encore, raconte Chevance-Bertin, sortantde la poche de son gilet une toute petite note, un petit papier qui était cachédans une boîte d’allumettes, qu’il fallait regarder à la loupe et qui contenaitla photographie des directives qu’il nous apportait pour l’Armée secrète.

« La grande question pour nous, poursuit-il, c’était desavoir si nous allions devenir gaullistes, c’est-à-dire si nous allionsaccepter les moyens financiers, les moyens de liaison, les directives.

« Après avoir pesé le pour et le contre, après avoirmarché longuement dans la nuit, nous avons dit que nous étions d’accord et quenous acceptions. »

Mi-janvier 1942, Jean Moulin – Max – engrange unpremier résultat.

Moulin, qui est arrivé de Londres avec 500 000 francs,en donne aussitôt la moitié à Combat.

Puis, pèlerin de la France Libre, il entreprend de rencontrerles autres responsables de mouvements de résistance. Son radio, Hervé Monjaret,installé à Caderousse, à 6 kilomètres d’Orange, dans le grenier d’unpresbytère, commence ses émissions, à destination de Londres. Deux à trois foispar semaine, la liaison, est ainsi établie entre la Résistance intérieure et laFrance Libre.

De Gaulle sait jour après jour ce que Jean Moulin luiapporte.

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De Gaulle, en ce mois de janvier 1942, a d’autant plusbesoin de Jean Moulin et du soutien des hommes de la Résistance que lescritiques contre lui, dans le cœur même de la France Libre, se multiplient, attiséespar les Américains et les Anglais.

On ne lui pardonne pas son action à Saint-Pierre-et-Miquelon,en décembre 1941. L’amiral Muselier, le chef des Forces navales FrançaisesLibres, qui a conduit l’opération, déclare début janvier qu’il regrette d’avoirexécuté les ordres de De Gaulle !



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