
Muselier a cédé aux pressions du Premier Lord de l’Amirauté,Alexander, et des Américains.
Il a suffi de flatter Muselier qui se déjuge, affirme « l’impossibilitépour des hommes libres de se soumettre à la domination despotique d’un seulhomme » !
Et des membres de l’état-major de Muselier se solidarisentavec lui.
De Gaulle est partagé entre le mépris et le dédain. Il a latentation de quitter ses bureaux de la France Libre, à Carlton Gardens, d’abandonnercette fourmilière traversée de rivalités.
Ainsi il manifestera aux yeux de tous que le pouvoir luiimporte peu et qu’il ne l’exerce, fermement, que par devoir ! Maispense-t-il renoncer ? Les phrases qu’il a prononcées reviennent en lui :
« Penché sur le gouffre où la patrie a roulé, je suisson fils qui l’appelle, lui tient la lumière, lui montre le salut. »
Il restera à son poste. Il écrit à Muselier :
« Amiral,
« […] Votre présence à Londres actuellement donne lieudans le personnel à confusions et fausses interprétations dont la disciplinerisque de souffrir.
« Je dois en conséquence vous inviter à quitter Londressans délai jusqu’à décision à intervenir.
« Veuillez croire, Amiral, à mes sentiments distingués. »
C’est ainsi.
Dans la grande tragédie qu’est cette guerre mondiale où lesactes héroïques, les souffrances, l’abnégation sont immenses, où chaque jourdes dizaines de milliers d’hommes, de l’Asie à la Libye, des neiges de Russieaux rues du ghetto de Vilna, sacrifient leur vie, il y a aussi le grouillementdes intrigues, les sordides ambitions, et les implacables rivalités entrenations.
« Nous sommes en plein Munich, dit de Gaulle, lapolitique de Washington tend à nous arracher Saint-Pierre-et-Miquelon, commejadis on arrachait les Sudètes aux Tchèques ! »
Il n’exagère pas.
Angleterre et États-Unis sont à la fois les grands alliésindispensables et les rivaux cyniques qui ne veulent pas que de Gaulle incarnele renouveau français, l’indépendance nationale recouvrée.
