
Alors, chaque signe de Jean Moulin, chaque Français qui serallie à la France Libre lui apportent un réconfort, raffermissent sa volonté.
Ainsi de Gaulle a-t-il été ému par la lettre que lui adressede New York, où il s’est réfugié, le philosophe Jacques Maritain. Le général alu et relu ces lignes :
« Je pense, écrit Maritain, que la mission immense quela Providence a dévolue au mouvement dont vous êtes le chef est de donner aupeuple français… une chance de réconcilier enfin dans sa vie elle-même, lechristianisme et la liberté. »
Le 7 janvier 1942, de Gaulle répond à Maritain :
« Mon cher Maître,
« Il est doux d’être aidé, il est réconfortant de l’êtrepar un homme de votre qualité…
« Si, jusqu’à présent, j’ai dû m’appliquer… à dire quenotre désastre n’avait été que militaire et à faire qu’il soit réparé, je croiscomme vous qu’au fond de tout il y avait dans notre peuple une sorte d’affaissementmoral…
« J’ai pensé que, pour remonter la pente de l’abîme, ilfallait d’abord empêcher que l’on se résignât à l’infamie de l’esclavage.
« Nous devrons ensuite profiter du rassemblementnational dans la fierté et la résistance pour entraîner la nation vers unnouvel idéal intérieur… »
Selon de Gaulle, cette guerre dans sa cruauté doit être lemoyen d’un redressement moral. Et en ces premiers jours de janvier 1942,dans le salon du petit appartement de l’hôtel Connaught qu’il occupe chaquesoir de la semaine, de Gaulle médite à cet après-guerre.
Il écrit à Jacques Maritain :
« Il n’y aura qu’une base de salut : ledésintéressement, et pour le faire acclamer, les âmes sont maintenant préparéespar le dégoût et la sainte misère… Chacun ne trouve sa part que dans lerenoncement de chacun. Il nous fait un peuple en vareuse, travaillant dans lalumière et jouant en plein soleil.
