
« Tâchons de tirer cela de cette guerre-révolution.
« Je sais que tout ce qui est jeune le désire.
« N’attendons plus rien des académies.
« Je ne suis pas inquiet pour la démocratie. Elle n’a d’ennemischez nous que des fantoches.
« Je ne crains rien pour la religion. Des évêques ontjoué le mauvais jeu, mais de bons curés, de simples prêtres sont en train detout sauver.
« Écrivez-moi quelquefois. Cela est utile. J’aimeraismieux encore vous voir.
« Ma lettre est longue mais rapide. Prenez-la dans sasincérité.
« Croyez-moi, mon cher Maître, votre bien dévoué
« Charles de Gaulle. »
Mais Maritain qui, il y a un an, en janvier 1941, a publiéun livre – À travers le désastre – pétri de l’esprit derésistance, ne rejoindra pas de Gaulle à Londres, préférant comme d’autresFrançais illustres (Alexis Leger/Saint-John Perse) rester à New York.
Maritain n’éprouve aucune hostilité envers de Gaulle, maisil craint le climat d’intrigues politiques qui sévit à Londres, et leglissement du Général vers l’autoritarisme qui le séparera du peuple.
De Gaulle souffre de ces réticences, de ces soupçons. Ce qu’ilapprend de l’état d’esprit des « élites » restées en France et qui s’accommodentde la présence de l’occupant nazi, collaborent et se vautrent dans l’antisémitisme,le révolte.
Il apprend qu’au cours d’une réception à l’ambassade d’Allemagneà Paris, Céline a interpellé l’écrivain allemand Ernst Jünger, qui a repris l’uniforme,lui l’ancien et héroïque combattant de la Première Guerre mondiale.
« Céline, a raconté Jünger, me dit combien il est surpris,stupéfait, que nous, soldats, nous ne fusillions pas, ne pendions pas, n’exterminionspas les Juifs. Il est stupéfait que quelqu’un disposant d’une baïonnette n’enfasse pas un usage illimité. »
Céline peut passer pour un « extravagant », undélirant, un provocateur.
