
Mais que dire du comportement du propriétaire d’une illustreet respectée maison d’édition ?
Il a fait une offre pour acquérir la maison d’éditionCalmann-Lévy, qui appartenait à des Juifs[1].
Dans une lettre recommandée adressée à l’administrateurprovisoire de Calmann-Lévy, avec une copie au Commissariat général auxquestions juives, l’éditeur écrit :
« Nous avons l’honneur de vous confirmer notre offre d’acquérirle fonds de commerce d’édition et de librairie connu sous le nom de Calmann-Lévy…Cette offre est faite moyennant le prix de deux millions cinq cent mille francspayables comptant. »
Il est dès à présent convenu que le nouvel éditeur n’absorberapas la firme Calmann-Lévy « qui conservera son autonomie et qui aura uncomité littéraire qui lui sera personnel, dont sans doute MM. Drieu laRochelle et Paul Morand accepteront de faire partie ».
« Nous vous indiquons dès à présent que le nouveléditeur est une maison aryenne à capitaux aryens. »
De Gaulle est révolté.
Cette capitulation de l’esprit, ce ralliement aux thèses lesplus sinistres de l’ennemi, cet esprit de lucre qui efface toute valeur moralesont les causes majeures du succès nazi.
Comment s’étonner qu’un Goebbels puisse à Hambourg, en dépitdes revers des armées allemandes, s’écrier le 16 janvier 1942 :
« Nous avons à peine besoin de faire appel à la foidans notre destin pour prédire notre prochaine victoire comme certaine etirrévocable. »
« Maison aryenne à capitaux aryens », écrivait l’illustreéditeur, dans sa lettre recommandée datée du mardi 20 janvier 1942.
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En ce mois de janvier 1942, on peut imaginer que monsieur l’éditeur,
