
Monsieur l’éditeur va peut-être déjeuner avec l’un de cesécrivains dont il apprécie tant la compagnie, et il sait bien que certains d’entreeux s’affichent courageusement antinazis. D’autres sont furieusement antisémiteset collaborationnistes.
Mais le propre d’une maison d’édition vouée à la littératuren’est-il pas de garder en son sein Aragon et Paulhan aux côtés de Drieu laRochelle et Paul Morand ?
L’Obergruppenführer SS Reinhard Heydrich, chef de l’Office centralpour la Sécurité du Reich au sein de la SS (RSHA) – par ailleursprotecteur de la Bohême-Moravie –, déclare ouverte la Conférence sur lasolution finale de la question juive.
Les quatorze participants, secrétaires d’État, officiers dela SS, et notamment l’Obersturmführer SS Eichmann qui doit rédiger le Protocolerendant compte des travaux et des décisions de la conférence, sont assis autourd’une grande table, dans une vaste pièce dont les baies vitrées donnent sur lelac.
La « villa » choisie pour siège de la conférenceest l’hôtel de police de la Sécurité du Reich, elle est située au 56-58 StrasseAm Grossen Wannsee.
Les voitures officielles sont alignées le long de la rive dulac. Des SS entourent la demeure et interdisent d’approcher. Ce mardi 20 janvier1942, cette banlieue berlinoise hiberne sous un ciel gris et bas de l’hiver.
Le lieu a été choisi, précisément, pour garder secrète cetteconférence dont Reinhard Heydrich a assuré, à la demande du Reichsmarschall duGrand Reich Hermann Goering, l’organisation, et cela dès le mois de juillet1941. La date en a été changée plusieurs fois à cause des circonstances – lesdéveloppements de la guerre en Russie, l’attaque japonaise contre Pearl Harbor.
