
Les évacuations par voie aérienne ne concernent que quelquescentaines d’hommes, et donnent lieu à de véritables ruées et à des violences :on veut embarquer à tout prix.
« Nous étions déjà une trentaine à l’intérieur de l’appareil,la plupart blessés, les grands blessés sur leurs brancards entassés les unsau-dessus des autres, raconte un soldat.
« Il y en avait d’autres aussi, de prétendus courrierset qui n’étaient pas le moins du monde blessés. Cette sorte de gens trèsastucieux qui se débrouillent toujours pour tirer leur épingle du jeu. »
L’avion roule, cahote, au milieu des nuages de neige querejettent les hélices, puis il s’arrête, le pilote annonce qu’il faut allégerde 2 000 kilos pour pouvoir décoller. Vingt hommes à sortir de là…
« Ce fut alors un vacarme absolument terrible, tout lemonde criait en même temps, celui-ci hurlait qu’il avait un ordre de mission del’état-major de l’armée, celui-là, un SS, qu’il était porteur de documents trèsimportants sur le Parti… Seuls les hommes allongés sur les brancards restaientsilencieux mais la terreur se lisait sur leur visage. »
Puis, l’un après l’autre, ces aérodromes – Pitomnik, Goumrak –qui sont déjà sous le feu des canons et des « orgues » de Staline –ces lance-fusées – tombent aux mains des Russes. On se bat entre Allemandspour embarquer sur les derniers vols de la dernière piste, celle de Goumrak.
Des officiers donnent de fortes sommes aux pilotes pourobtenir une place.
On entend les rafales des fusils-mitrailleurs des fantassinsrusses qui pénètrent sur les pistes.
Alors on fuit, on regagne son « trou », on attendl’ultime assaut.
On ne sait pas quel visage aura la mort. Balle, poignard, gangrène,froid, faim.
« On a un kilo de pommes de terre pour quinze hommes. Pasde viande. On a mangé les chevaux à Noël. »
Vassili Grossman écrit dans L’Étoile rouge en cespremiers jours de l’année 1943 :
