
Le désespoir et des myriades de poux les dévorent.
« Peu à peu, on est pris de dégoût pour soi-même. On n’aaucune possibilité de se laver convenablement, de changer de sous-vêtements. Cesfoutus poux consomment entièrement votre corps. »
On crève de froid et de faim.
« Nous vivons essentiellement de viande de cheval, écritun soldat, et moi j’ai même déjà mangé de la viande de cheval crue, tellement j’avaisfaim. »
Ils n’osent pas regarder leurs camarades, afin de ne pas sereconnaître dans les silhouettes enveloppées de hardes, hirsutes. Des abcèsrongent leur corps. Ils se grattent sans cesse, « mort vivant », ditl’un, n’ayant que la peau et les os.
« On n’est plus qu’une épave, dit un autre, nous sommestous complètement désespérés. »
On ne veut pas se rendre.
« S’il s’agissait des Français, des Américains, desAnglais, ce ne serait pas si mal mais avec les Russes on ne sait pas s’il nevaut pas mieux se tirer une balle. »
Ils se souviennent de ce qu’ils ont vu, de ce qu’ils ontfait ; de ces prisonniers russes abattus parce qu’ils avaient une tête decommissaire bolchevik, de ces Juifs massacrés.
« Si tout tourne mal, mon amour, écrit un soldat à sonépouse, ne t’attends pas à ce que je sois fait prisonnier. »
Le général Paulus, devant la multiplication des suicides, condamne,dans une adresse à ses soldats, cet « acte lâche et infamant ».
Mais ordre a été donné de laisser mourir de faim les maladeset les blessés.
Il n’est plus possible de les soigner, de les abriter. Ilssont déjà plus de 20 000 entassés dans des caves transformées enhôpitaux souterrains. Des piles de cadavres gelés obstruent les entrées.
