« Ses crises de colère, dit Joukov, le métamorphosentlittéralement. Il pâlit de rage et son regard se fait lourd et haineux. »

Staline se tourne vers le commissaire aux Transports quivient d’être nommé.

« Les transports sont une question de vie ou de mort, dit-il.Garde ceci en mémoire : si tu n’exécutes pas les ordres, ce sera letribunal militaire. »

Le jeune commissaire sort du bureau, en sueur.

« Essayez de ne pas cafouiller, lui murmure AlexandrePoskrebychev, chef de cabinet de Staline et général du NKVD – la policepolitique –, le patron est au bout du rouleau. »

Staline est insomniaque, travaillant, à soixante-trois ans, seizeheures par jour, menant une vie recluse, imposant ses horaires à sescollaborateurs, régnant sur eux par la terreur.

Ilssavent tous qu’ils peuvent être livrés à Beria, qui règne sur le NKVD, sur leGoulag, et fait travailler 1 700 000 détenus à la constructiondes chemins de fer et à la production d’armement. Plus de la moitié de ces « zeks » –déportés – sont voués à la mort tant les conditions du systèmeconcentrationnaire sont inhumaines.

Chacun se souvient – et d’abord les généraux – des« purges » de 1937, des séances de torture dans la prison du NKVD àMoscou, la Loubianka.

On ne veut pas « prendre le café avec Beria », commele propose Staline, cyniquement, semblant jouir de la terreur despotique qu’ilutilise.

Mais c’est pourtant au général Rokossovski – torturépar le NKVD en 1937, puis libéré en 1941 – qu’il confie le soin de menerjusqu’à son terme la bataille de Stalingrad – la destruction de la VIe arméeallemande et la capture du général Paulus.



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