
Cette nomination humilie le général Eremenko, commandant àStalingrad : Staline fait une moue de mépris, se tourne vers Joukov qui aévoqué la déception d’Eremenko.
« Ce n’est pas le moment de se sentir humilié, ditStaline, nous ne sommes pas des enfants mais des bolcheviks. »
Mais depuis l’attaque allemande de juin 1941, Staline seréfère presque toujours au passé glorieux – et « terrible » –de la Russie d’avant la révolution. Lui, le Géorgien, il se veut « grand-russe »,héritier des tsars et de la tradition russe.
Il réunit le Comité national de défense, qui compte autantde civils que de militaires, dans une salle où sont accrochés les portraits desvainqueurs de Napoléon – Koutousov et Souvarov – et des tableaux représentantMarx et Lénine.
Les civils du Comité sont assis face aux deux héros de lagrandeur militaire russe, et les généraux du Comité ont devant eux les tableauxdes « fondateurs du communisme ».
Ce vendredi 1er janvier 1943, Staline a doncattendu le rapport du maréchal Vassilievski sur la situation à Stalingrad. Illaisse libre cours à sa colère, terrorisant les présents, fixant à plusieursreprises le général Joukov, puis tout en marchant de long en large, dicte unmessage à transmettre aussitôt à Vassilievski :
« Il est déjà 15 h 30 et tu n’as pas encoredaigné envoyer ton rapport. Tu ne peux pas invoquer l’excuse que tu n’as pas detemps. Joukov abat autant de travail que toi au front et pourtant il m’adresseson rapport chaque jour. La différence entre vous deux est que Joukov, lui, estdiscipliné. Tu manques de discipline… C’est mon dernier avertissement : situ négliges ton devoir encore une fois, je te limoge de ton poste de chef d’état-majoret tu seras envoyé en première ligne. »
La terreur comme méthode de gouvernement. La mort commechâtiment. Chacun sait Staline impitoyable, brisant les vies, despote qui sedonne tout entier à sa tâche de « généralissime », travaillant soitdans ce bureau d’angle du Kremlin, soit dans sa datcha de Kountsevo, située àquelques kilomètres de Moscou.
