
Il gagne alors le Kremlin – où il arrive au début de lasoirée – dans un « convoi » de voitures Packard qui roulent àvive allure sur les routes qui ont été vidées de toute circulation.
Les « visiteurs » convoqués au bureau afin decomparaître devant Staline attendent dans l’antichambre, rongés par l’inquiétude.
Poskrebychev, qui les introduit, leur prodigue des conseilsqui les paralysent.
« Ne vous énervez pas, dit-il, évitez de le contredire,le camarade Staline sait tout. »
Il se préoccupe de tout, contrôle l’exécution de chacun deses ordres.
Il ne néglige rien.
L’un de ses interlocuteurs réguliers – Baïbakov, chargédes questions du pétrole – note :
« Quand il donne des instructions, il vous aidetoujours à les remplir en vous donnant les moyens de le faire. Aussi, je n’avaispas peur de Staline, nous étions francs l’un vis-à-vis de l’autre. J’aitoujours exécuté mes tâches. Staline avait cependant le don de repérer lespoints faibles d’un rapport et tombait à bras raccourcis sur celui qui nemaîtrisait pas parfaitement son sujet en proférant d’une voix grave à dessein :“Eh bien, comment se fait-il que tu ignores cela ?”
« Et Beria derrière son lorgnon fixe le fautif. »
Puis Staline congédie sans un mot de plus le visiteur etaborde d’autres sujets, transmettant ses instructions, parlant au téléphone, signantdes ordres, rédigeant un communiqué de presse, forgeant les slogans que lapresse et la radio vont marteler. Ainsi « le sang appelle le sang ».
Il trouve le temps d’appeler le secrétaire du Parti d’uneprovince géorgienne, lui demandant d’augmenter les envois de tabac.
