
« Nos soldats n’ont plus rien à fumer, dit-il. Lestroupes du front ont absolument besoin de tabac. »
Un lien profond, contradictoire, se noue ainsi entre Stalineet ceux qui le servent, et avec le peuple.
On l’admire, ce tsar « rouge », on le vénère et onle craint.
Il peut briser la vie d’un général, mais reconnaître lesmérites de tel autre qu’en même temps il jalouse et fait surveiller, prêt à ledémettre, à le livrer à Beria et aux bourreaux du NKVD.
Il marie le despotisme d’un grand tsar – il commande aucinéaste Eisenstein un film sur Ivan le Terrible – et la violence haineuse,sans retenue morale, d’un « bolchevik » qui a commencé sa vie enhors-la-loi, attaquant les banques.
Aucun scrupule ou principe de morale ne le retient. Il estle pouvoir absolu, prêt à faire exécuter des milliers d’hommes, ou à déporterdes peuples entiers. La fin justifie les moyens. Et souvent les moyens barbaresdessinent la fin.
Le révolutionnaire pillard se présente en homme d’ordre etde discipline qui ne quitte que rarement son uniforme de généralissime.
Car en ce début d’année 1943, comme pour souligner ce « momentdécisif de la guerre » qui s’opère à Stalingrad, Staline rétablit lesgalons et les épaulettes dorés que portaient les officiers de l’armée tsariste.
Il élève Joukov au grade de maréchal et devient, lui-même, lemaréchal Staline. La mue de Joseph Djougachvili, bolchevik géorgien, s’achèveainsi avec la bataille de Stalingrad, qui change le cours de la guerre[1].
3.
Le vendredi 8 janvier 1943, à la fin de la matinée, alorsque l’obscurité s’est dissipée, trois jeunes officiers de l’armée Rouge, brandissantun drapeau blanc, s’avancent vers les lignes allemandes et remettent le textede l’ultimatum du général Rokossovski, commandant des armées russes du Don, augénéral Paulus, commandant de la VIe armée allemande.
