Il essuie d’un geste fébrile les gouttes de sueur quicoulent sur son front.

Il fait très chaud dans la grande salle de la Wolfsschanze –la « tanière du loup » – son quartier général situé au cœurde la forêt ukrainienne.

Il est un peu plus de midi, ce lundi 1er février1943.

Paulus a capitulé hier soir, dimanche 31 janvier 1943, etHitler a aussitôt convoqué cette conférence. Sans doute n’a-t-il pas dormi detoute la nuit. Son visage est comme boursouflé, gonflé, sa démarche esthésitante, il parle à bâtons rompus, se répète.

Voilà trois fois déjà qu’il raconte l’histoire de cettejolie femme, « une beauté de premier ordre », dit-il, qui, blesséepar quelques mots de son mari, sort de la pièce, écrit des lettres d’adieu etse tue.

« Quand je pense, poursuit le Führer, qu’une femme a euce cran, je ne puis éprouver la moindre estime pour un soldat qui n’a pas eu lecourage de se suicider et préfère aller en captivité. »

Le Feldmarschall Zeitzler murmure :

« Je trouve cela inconcevable, moi aussi.

— Paulus avait le devoir de se tuer à l’exemple desgrands chefs de jadis qui, lorsqu’ils voyaient tout perdu, se transperçaient lapoitrine de leur épée. Varus lui-même, après la perte de ses légions, ordonna àson esclave de l’achever : “Et maintenant, tue-moi !”

— Paulus gît peut-être quelque part, grièvement blessé »,dit Zeitzler.

Le Führer secoue la tête.

« Non, la nouvelle est exacte. La suite est facile àimaginer. Paulus va être emmené à Moscou. On va l’emprisonner à la Loubianka oùil sera dévoré par les rats.

« Les rats, les rats, répète Hitler.

« Paulus fera tous les aveux qu’on voudra, signera n’importequoi, fera des proclamations à la radio, vous verrez. »

Le Führer marche de long en large.

« Comment ont-ils pu se montrer aussi lâches… Je n’arrivepas à comprendre. »

Il hausse les épaules.



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