
« Qu’est-ce que la vie ? reprend-il. La vie, c’estla nation. L’individu est condamné à mourir mais, au-delà de l’individu, il y ala nation souveraine. Pourquoi redouter la mort puisque grâce à elle nouspouvons nous libérer de notre misère lorsque notre devoir ne nous tient pasenchaînés à cette vallée de larmes ! »
Il serre les poings :
« Et voilà que le geste de cet homme, Paulus, souille àla dernière minute l’héroïsme de centaines de milliers d’autres. Alors qu’ilpouvait se délivrer des tristesses de ce monde et entrer dans l’immortalité, ila préféré aller à Moscou… »
Tout son visage, cette moue, ce rictus expriment son mépris.
« Ce qui me fait le plus de mal, personnellement, c’estde lui avoir donné le bâton de maréchal ! Je tenais à ce qu’il reçoivecette distinction avant de mourir. Cela prouve qu’il ne faut jamais vendre lapeau de l’ours avant de l’avoir tué. Paulus sera en tout cas le dernierFeldmarschall que j’aurai nommé tant que durera la guerre ! »
Le mercredi 3 février, un roulement de tambour voiléprécède la lecture d’un communiqué spécial du Grand Commandement de laWehrmacht, l’OKW :
« La bataille de Stalingrad a pris fin. Fidèle à sonserment de combattre jusqu’à son dernier souffle, la VIe arméesous le commandement exemplaire du maréchal Paulus a succombé sous l’assaut d’unennemi supérieur en nombre et en raison de circonstances défavorablesauxquelles elle eut à faire face. »
Puis on entend le deuxième mouvement de la CinquièmeSymphonie de Beethoven.
