Les trois « classes » – avec des exceptionspour les agriculteurs – sont entièrement mobilisées pour une durée de deuxannées.

Le Gauleiter Sauckel, chargé de recruter ces travailleursnécessaires à l’industrie du Reich, a reçu de son ministre Albert Speer desdirectives précises.

Selon Speer : « Le Führer a indiqué qu’il n’estpas nécessaire à l’avenir d’avoir des égards particuliers vis-à-vis desFrançais. »

Il faudrait que, avant la mi-mars 1943, « 150 000 spécialistes,100 000 manœuvres, hommes et femmes, soient transférés en Allemagne ».

Le chef du gouvernement, Pierre Laval, placé devant cesexigences, veut à la fois répondre aux demandes allemandes et conserver auxyeux de l’opinion l’apparence du pouvoir et obtenir quelques concessions.

« Je vous prie de bien me comprendre, dit Laval àSauckel. J’accepte votre programme. Je ne réclame rien qui puisse affaiblir laforce offensive de l’Allemagne. Je prie le Gauleiter Sauckel de reconnaîtrepleinement les difficultés auxquelles je me heurte. »

Laval le dit et le redit :

« Comment voulez-vous que je fasse ? a-t-il tentéd’expliquer au Führer lors de leur dernière entrevue à la mi-décembre 1942. Oùque je me tourne, je n’entends crier que “Laval au poteau !”.

— J’ai confiance en vous, a répondu Hitler. Je netraiterai qu’avec vous. Vous êtes le dernier gouvernement de la France. Aprèsvous, ce sera un Gauleiter. »

Et Ribbentrop, le ministre des Affaires étrangères du Reich,développe le même argument, le 2 janvier 1943 :

« La France se trouve aujourd’hui à un carrefour. Elledoit choisir entre son adhésion sans réserve à l’Europe et sa disparitiontotale de la scène du monde. »

Laval cède, parce qu’il est allé trop loin dans lacollaboration pour pouvoir se renier, et parce qu’il a besoin de l’illusion qu’ilconserve à la France toutes ses cartes en collaborant avec les nazis.



27 из 243