chaque matin Vichy en voiture blindée. Le long de la route, un garde armé esten faction tous les cent mètres. Des policiers, revolver au poing, attendentLaval devant l’hôtel du Parc.

Vichy, jadis bruissant de rumeurs, de tensions et deconciliabules, n’est plus un lieu de pouvoir. N’y demeurent que les personnages« officiels » attachés à une fonction gouvernementale ou liés àPétain ou à Laval.

Pour tous les autres, « Vichy n’est plus intéressantmais dangereux. Vichy est rejeté par les collaborationnistes comme par lesgaullistes. La fidélité au Maréchal fond comme neige au soleil. Les vocationsrésistantes s’affirment, la onzième heure approche ».

C’est l’effet Stalingrad qui vient s’ajouter à l’effetEl-Alamein et au basculement de l’Afrique du Nord après le débarquementaméricain du 8 novembre 1942.

Chacun pressent que le prochain « saut » conduirales Alliés en Europe. Débarquement en Sicile, en Italie, en Normandie, en Grèce,dans les Balkans ? On est sûr que l’un d’entre eux aura lieu.

Le temps n’est plus où l’on était fier d’avoir reçu desmains du Maréchal la « francisque », la décoration emblématique de la« Révolution nationale ».

« À Vichy, écrit Maurice Martin du Gard, chacun prépareson dossier. “Moi, dit tel ministre, j’ai sauvé tant de travailleurs !”“Moi, dit un chef de la police, j’ai planqué les fils de généraux gaullistesdans une école de gendarmerie.” “Moi, dit un autre, j’ai sauvé tant de Juifs.” »

Les collaborationnistes résolus – Marcel Déat, JacquesDoriot, Philippe Henriot, Joseph Darnand –, c’est-à-dire ceux qui saventque leur sort est déterminé par le destin du nazisme, dénoncent ce « cloaque »vichyssois, son attentisme.

Même s’ils critiquent Pierre Laval, s’ils espèrent – c’estle cas de Déat, de Doriot – lui succéder – avec l’appui allemand –,ils partagent l’analyse du chef du gouvernement lorsqu’il dit :



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