
Aujourd’hui, en 1943, l’écrivain Jean Paulhan dit desAllemands, dans un article d’une publication clandestine, Les Cahiers de laLibération : « D’eux, il ne nous restera rien. Pas un chant, pasune grimace… Ils ne sont pas animés. Ils auront passé comme un grand vide. Commes’ils étaient déjà morts. Seulement cette mort, ils la répandent autour d’eux. C’estmême la seule chose qu’ils sachent faire. »
Ils ont pris en main le camp de Drancy jusque-là dirigé parles autorités françaises.
Le régime du camp sévère devient sous la férule des SS –et d’abord du Hauptsturmführer-SS, Alois Brunner – l’antichambre dela mort.
On y frappe, on y torture, on y tue. On y est poussé dansles wagons plombés qui partent pour les camps d’extermination et d’abordAuschwitz.
La Gestapo ne connaît plus aucune limite territoriale. Seshommes envahissent l’ex-zone sud, interviennent en plein cœur de Vichy – ainsiun magistrat est-il arrêté dans le bureau du garde des Sceaux !
Ils se font ouvrir les portes des prisons, arrachent lesdétenus à leurs cellules et les conduisent à Paris où, le plus souvent, ilssont torturés, exécutés ou déportés.
Les bourreaux sont fréquemment des Français. Une Gestapo « française »est dirigée par un gangster, Laffont, et un policier révoqué, Bony.
Cette bande de la « rue Lauriston », composée decondamnés de droit commun que Laffont a fait libérer de prison grâce à l’appuides autorités allemandes, est plus cruelle encore que la Gestapo qui opère enplusieurs lieux et notamment rue des Saussaies. On dénombre plus d’une dizainede centres de torture à Paris.
Les rafles visant les Juifs réfugiés dans l’ancienne zone « libre »se multiplient. La police française exécute les ordres des autorités allemandes.Les Juifs sont traqués. Ils fuient les villes de la côte méditerranéenne et d’abordNice et Cannes, et gagnent les villages et les cités des Alpes.
