Rommel songe aussi à ce front de l’Est, à la VIe arméeencerclée à Stalingrad. Tout semble s’effondrer.

« Paulus est encore plus mal en point que moi, note-t-il.Il a affaire à un adversaire plus inhumain. Nous ne pouvons plus mettre notreespoir qu’en Dieu qui ne nous abandonnera pas complètement. »

Il a besoin de se confier, de faire part à son épouse de sesdoutes et de ses colères.

Car Mussolini le harcèle, lui demande de ne pas évacuer laTripolitaine, symbole de l’lmpero, cet Empire colonial italien que leDuce rêvait de bâtir.

« Vives réprimandes de Rome parce que nous ne résistonspas davantage à la pression ennemie, note-t-il. Nous voulons nous battre etnous nous battrons aussi longtemps que nous le pourrons. »

Mais comment le faire quand les munitions et l’essencemanquent ?

Il faut évacuer Tripoli, faire sauter les installations duport, distribuer à la population misérable les stocks de vivres qu’on ne peutemporter.

« J’ai fait tout ce que j’ai pu pour tenir sur cethéâtre d’opérations malgré les difficultés indescriptibles. J’en suisprofondément désolé pour mes hommes. Ils m’étaient infiniment chers. »

Il atteint enfin la frontière de la Tunisie, s’enfonce dansle pays d’une centaine de kilomètres, découvre cette ligne de blockhaus – laligne Mareth – construite par les Français dans les années 1930-1940. Ilsne sont plus adaptés aux conditions de la guerre moderne. Rommel est épuisé, désespéré.

Il confie à sa « très chère Lu » :

« Physiquement, je ne vais pas trop bien. De violentsmaux de tête et les nerfs à bout, sans parler de quelques troubles de lacirculation… Je suis si déprimé que j’ai de la peine à faire mon travail. Peut-êtrequelqu’un d’autre verrait-il plus clair dans cette situation et serait-ilcapable d’en sortir quelque chose. »

Mais il est déchiré par des sentiments contradictoires.



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