Rommel s’exprime non en nazi mais en soldat, en patriote quicroit encore à la nécessité de suivre le Führer.

Mais le désespoir ronge Rommel, alors même que la fidélitéqu’il veut exprimer à ses hommes l’habite.

Le 7 février, il décide de rejeter les avis desmédecins :

« Le docteur Horster est venu me voir hier et m’aconseillé de commencer mon traitement aussitôt que possible. Je me révolte detout mon être contre l’idée de quitter ce champ de bataille tant que mes piedspeuvent me porter. »

Quelques jours plus tard, le 12 février, alors qu’il adécidé de ne quitter son commandement que « sur ordre », il dresse unbilan de son action.

« Deux ans aujourd’hui que je suis arrivé en Afrique. Deuxans de combats violents et tenaces, le plus souvent contre des ennemis trèssupérieurs.

« En ce jour, je pense aux troupes courageuses quicombattent sous mes ordres, qui ont loyalement fait leur devoir pour leur pays,et mis toute leur confiance dans leur chef.

« J’ai essayé, moi aussi, de faire mon devoir, nonseulement dans ma propre sphère, mais aussi sur le plan plus général de notrecause.

« Nous devons faire l’impossible pour surmonter lesdangers mortels qui nous assaillent. Malheureusement, tout n’est qu’une affairede ravitaillement.

« J’espère qu’on approuvera ma décision de rester avecmes troupes jusqu’à la fin. Un soldat ne peut faire autrement. »

Mais lorsqu’il écrit à sa « très chère Lu », Rommelajoute, dévoilant la cause profonde de ce choix :

« À vrai dire, tout ce qu’on peut souhaiter c’est derester au front. »

Et d’y mourir si Dieu le veut.

« Je dois ma gratitude et mon admiration à mes troupes,conclut-il, qui, en dépit de la retraite, de la détestable nourriture, de laperpétuelle tension d’esprit, n’ont jamais faibli dans les pires circonstances,gardant jusqu’à la fin la même valeur combative qu’au jour où elles prirentTobrouk. »



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