
« Je me fais beaucoup de souci pour ces violentscombats qui se déroulent à l’est, à Stalingrad, écrit Rommel. Espérons que nousen sortirons au mieux. Ici, l’armée a un moral excellent.
« Il est bienheureux que les hommes ne sachent pas tout. »
Mais ces soldats croient-ils encore aux promesses du Führer ?
Hitler vient de proclamer dans son ordre du jour de cevendredi 1er janvier 1943 : « Soyez sûrs d’une chose,il ne peut y avoir dans cette lutte aucun compromis… Après l’hiver, nous nousremettrons en marche. Le jour viendra où une puissance s’écroulera la première.Nous savons que ce ne sera pas l’Allemagne ! »
Rommel songe à ces propos alors qu’il visite en compagnie dequelques officiers de son état-major les ruines de la ville romaine de LeptisMagna, traces d’un empire brisé, envahi, effacé.
« Un professeur italien nous sert de guide et nous faitles honneurs de la place dans un excellent allemand. Mais à vrai dire, le coursde mes pensées va davantage à Montgomery, à la situation sur le front de l’Estqu’à ces vestiges du passé.
« De plus la tension nerveuse et le manque de sommeildes jours précédents commencent à faire sentir leurs effets et nous bâillons àqui mieux mieux. La palme revient à l’officier d’ordonnance du généralBayerlein, le lieutenant von Hardtdegen, qui tombe endormi entre deux statuesde dames romaines… »
Cet épuisement que la volonté ne peut pas toujours contenir,Rommel le ressent.
Comme tous les survivants de la Wehrmacht présents sous lesarmes depuis le début des hostilités en septembre 1939, voilà quarante mois qu’ilse bat.
Il n’a pas connu le front de l’Est, ses massacres et seshécatombes. Ce vendredi 1er janvier 1943, la radio anglaise aannoncé qu’à Stalingrad, en six semaines, 175 000 soldats allemandsont été tués !
