
« Bientôt, dit de Gaulle d’une voix solennelle, lacolonne du général Leclerc qui a conquis le Fezzan fera sa jonction avec lestroupes britanniques. »
« Que d’années perdues ! » répète de Gaulle.
Si en 1940 l’Afrique du Nord avait refusé de suivre Pétainet Laval, le sort de la guerre, de la France eût été différent.
Or rien n’est réglé en ce début d’année 1943 !
« Ce qui se passe en Afrique du Nord, du fait de Roosevelt,est une ignominie, dit de Gaulle. Une sorte de nouveau Vichy, sans Pétain, esten train de se reconstituer sous la coupe des États-Unis. »
La législation antisémite de Vichy est maintenue. Lesgaullistes qui ont préparé le débarquement américain sont menacés, poursuivis, certainsincarcérés. La presse est censurée. Les prisonniers politiques, c’est-à-direles partisans de la France Libre, continuent d’être parqués dans des camps deconcentration.
« L’effet de cette situation sur la résistance en Franceest désastreux, reprend de Gaulle. Quelques gaffes de cette sorte commises parles Américains, et la Résistance ne croira plus à la capacité et à la pureté dela France Combattante. Ce sont les communistes qui se présenteront comme lesdurs et les purs alors qu’ils ont commencé la guerre en désertant le combat, alorsqu’ils ont attendu l’entrée en guerre de l’URSS pour me faire un signe et neplus m’attaquer. »
De Gaulle marche de long en large, bras croisés, bustepenché.
Il sent, il sait que le moment est crucial.
Roosevelt, suivi par Churchill, veut se débarrasser de laFrance Combattante, s’appuyer sur ce général Giraud qui a fait acte d’allégeanceà Pétain mais qui est aussi un adversaire résolu des Allemands.
De cette manière, on écartera de Gaulle et ses ambitions.
Ce de Gaulle, répète le président des États-Unis, personnene l’a élu, « c’est un fanatique et une nature fasciste ! Lalégitimité, c’est Pétain qui l’incarne. Il faut briser ce général de coup d’Étatqui veut reconstituer l’Empire français ».
