
Il lève la tête. Eden paraît accablé. Sans doute Churchilla-t-il affirmé à Roosevelt qu’il convoquerait son « coq » puisqueRoosevelt a le sien. Car Giraud, naturellement, a obtempéré. Le Premierministre doit craindre de perdre la face devant le président des États-Unis. Ilva donc réagir avec violence.
« Des entretiens simples et directs entre chefsfrançais seraient, à mon avis, poursuit de Gaulle, les plus propres à ménagerun arrangement vraiment utile. »
Il va à nouveau télégraphier à Giraud qu’il est prêt à le « rencontreren territoire français entre Français ».
Que veulent les Alliés ? interroge-t-il. Une « collaboration » ?Un nouveau « Montoire » à leur profit ?
Il sort du Foreign Office en compagnie de son aide de camp, lecapitaine Teyssot.
« Ils essaieront de me mêler à leur boue et leurssaletés en Afrique du Nord, dit-il. Ils veulent me faire avaler Vichy : iln’y a rien à faire, je ne marcherai pas. »
Il va quitter Londres demain, se rendre auprès des Forcesnavales Françaises Libres à Weymouth. Peut-être réussira-t-il à dire quelquesmots à Philippe. En tout cas, il verra des combattants. Et il respirera l’airlibre de la mer.
Il fait froid, ce 18 janvier 1943, sur l’appontement deWeymouth. Il bruine. De Gaulle aperçoit au dernier rang des marins et desaspirants qui l’entourent son fils Philippe. Un bref regard. Une émotion qu’ilfaut contenir pour s’adresser à ces hommes, leur expliquer en quelques mots qu’aucuncompromis n’est possible entre la France Combattante, eux, et les anciennesautorités de Vichy. Puis un aspirant de grande taille lui prête son ciré. Carde Gaulle veut partager, ne fût-ce que quelques heures, la vie de ces marins, connaîtrel’existence que mène Philippe. De Gaulle monte à bord de la vedette du chef depatrouille.
