
Le vent, les embruns, l’horizon gris qu’il scrute avec desjumelles depuis l’étroite passerelle. La vedette creuse son sillon à grandevitesse. Et ce n’est qu’au bout de trois heures que de Gaulle donne le signaldu retour. Il aperçoit, au moment où la vedette stoppe le moteur, Philippe qui,sur son navire, commande la manœuvre.
Mais il faut déjeuner à l’hôtel Gloucester, avec lesautorités de la base. Et l’heure du départ approche.
De Gaulle s’isole un quart d’heure dans un petit bureau. VoiciPhilippe, enfin ! Si frêle d’apparence, mais qu’il sent vigoureuxcependant. On n’échange que quelques phrases. Une accolade un peu plus longuequ’à l’habitude.
Il regarde son fils s’éloigner. Quand le reverra-t-il ?À la grâce de Dieu !
Il s’attend, dès son retour à Londres, à recevoir un nouveaumessage de Churchill, qui sera, il en est convaincu, menaçant.
Mais la colère bouillonne en lui quand il lit, le 19 janvier,le texte du télégramme de Churchill : « Je suis autorisé à vous direque l’invitation qui vous est adressée vient du président des États-Unis, aussibien que de moi-même… Les conséquences de ce refus, si vous persistez, porterontun grave dommage à la France Combattante… Les conversations devront avoir lieumême en votre absence… »
Menace ! Chantage ! De Gaulle ne peut pas déciderseul, le moment est trop grave. Il réunit le Comité national. Il est réticent, maisla majorité se prononce pour la participation aux conversations. Il grimace.
« J’irai au Maroc pour me rendre à l’invitation deRoosevelt, dit de Gaulle. Je n’y serais pas allé pour Churchill seul. »
Il lit lui-même à Eden, d’une voix sèche et méprisante, letexte de sa réponse :
« Vous me demandez de prendre part à l’improviste… àdes entretiens dont je ne connais ni le programme ni les conditions, et danslesquels vous m’emmenez à discuter soudainement avec vous de problèmes quiengagent à tous égards l’avenir de l’Empire français et celui de la France…
