
« Mais la situation générale de la guerre et l’état oùse trouve provisoirement la France ne me permettent pas de refuser derencontrer le président des États-Unis et le Premier ministre de Sa Majesté… »
De Gaulle s’installe dans l’avion. Le siège est étroit, lefroid vif. Boislambert, l’un des premiers Français Libres, ne peut trouverplace que sur un tas de cordages aux pieds de De Gaulle.
De Gaulle se retourne. La cabine est encombrée, le capitaineTeyssot est assis au fond, à même le plancher.
De Gaulle ne souffre pas physiquement de cet inconfort. Ilferme les yeux. Il somnole. Boislambert s’est endormi et appuie sa tête sur songenou. Mais cet avion glacé où les Anglais ont entassé des représentants de laFrance Combattante est le symbole de la faiblesse française, du méprisbritannique.
À Gibraltar, dans la douceur du climat qui contraste déjàavec l’humidité londonienne, le général MacFarlane est aimable. Mais à l’arrivée,le 22 janvier, à l’aéroport de Fedala, de Gaulle se sent à nouveau humilié.Cette terre marocaine est sous la souveraineté française, et cependant il n’y apas de garde d’honneur pour accueillir le chef de la France Combattante. Seulementle général américain Wilbur, que de Gaulle reconnaît. Wilbur était élève à l’Écolede guerre. Il y a un représentant de Churchill et le colonel de Linarès, quitransmet une invitation à déjeuner de Giraud. Et partout, des sentinellesaméricaines. Au moment où il monte dans la première voiture, de marqueaméricaine remarque-t-il, de Gaulle voit Wilbur tremper un chiffon dans la boueet barbouiller les vitres du véhicule. La venue de De Gaulle doit demeurersecrète.
On arrive dans le quartier d’Anfa, situé sur une colline. Degrandes villas sont dispersées dans un parc. De Gaulle descend. Il remarque lespostes de garde américains, les barbelés, les sentinelles qui vont et viennent,empêchant quiconque de sortir ou d’entrer sans l’autorisation du commandementaméricain.
