
Il est sur une terre « française » et il se sentcaptif. On lui inflige une « sorte d’outrage ».
Donc, ici, plus que jamais, face à ce Premier ministre et àce Président qui agissent en souverains, il ne faut pas céder d’un pouce. Questionde dignité. Et choix politique : que serait demain la France libérée sielle avait commencé d’accepter la loi de deux « protecteurs » ?
Nous battons-nous pour changer d’occupants et de maîtres ?
Il salue Giraud, qui n’a pas changé depuis qu’ils s’étaientcroisés à Metz, en 1938, avec sa vanité à fleur de peau, ce ton decondescendance et cette assurance presque naïve.
« Bonjour, Gaulle, lance Giraud.
— Bonjour, mon général, répond de Gaulle. Je vois queles Américains vous traitent bien ! »
Giraud ne paraît pas avoir saisi la critique. Soyons plusprécis !
« Eh quoi, reprend de Gaulle, je vous ai par quatrefois proposé de nous voir et c’est dans cette enceinte de fil de fer, au milieudes étrangers, qu’il me faut vous rencontrer ! Ne sentez-vous pas ce quecela a d’odieux au point de vue national ? »
Boislambert s’approche, lui dit à voix basse que la maisonest surveillée par des sentinelles américaines.
Inacceptable. Deux chefs français ne peuvent être gardés pard’autres troupes que celles qui relèvent de leur commandement. De Gaulle nepassera à table que lorsque des soldats français auront remplacé les Américains.
Une heure et demie d’attente. Enfin, voici la Légion quiprend position.
On peut commencer à déjeuner. Giraud raconte son « évasionextraordinaire » d’Allemagne.
« Mais comment avez-vous été fait prisonnier, mongénéral ? » demande de Gaulle.
Puis il se tourne vers Boislambert. Que le commandantraconte ce qu’il a vu dans les prisons de Vichy et en France occupée. QueGiraud comprenne ce qui se passe dans le pays.
