Que croit donc Roosevelt ?

De Gaulle parcourt à grands pas en compagnie de Boislambertles quelques centaines de mètres qui séparent sa villa de celle du Président. Ilentre dans le salon, qu’il traverse de trois longues enjambées. Roosevelt, vêtud’un costume blanc, est à demi étendu sur un vaste canapé qui occupe tout lefond de la pièce. Il ouvre les bras pour accueillir de Gaulle.

« Je suis sûr que nous parviendrons à aider votre grandpays à renouer avec son destin, dit-il.

— Je suis heureux de vous l’entendre dire », répondde Gaulle.

Il s’est assis près du Président. Il distingue dessilhouettes derrière le rideau au-dessus de la galerie du living-room. Il luisemble même que ces hommes, sans doute les membres du service de protection, sontarmés.

On le tient en joue, comme si l’on craignait qu’il n’agresseRoosevelt !

« Les nations alliées, reprend Roosevelt, exercent enquelque sorte un mandat politique pour le compte du peuple français. »

De Gaulle le dévisage. Roosevelt sourit, prononce quelquesphrases aimables. Il veut séduire. Se rend-il compte qu’il « assimile laFrance à un enfant en bas âge qui a absolument besoin d’un tuteur » ?

« La volonté nationale a déjà fixé son choix », ditde Gaulle.

L’entretien est terminé.

De Gaulle rentre à pas lents avec Boislambert. Il fait beau.La vue est vaste et calme. De Gaulle s’assoit quelques instants sur un banc.« Il faut, dit-il à Boislambert, que vous franchissiez secrètement le réseaude barbelés et apportiez une lettre au commandant Touchon. »

Cet officier a été élève de De Gaulle à Saint-Cyr et ilréside à Casablanca.

Dans la nuit, d’une tiédeur exceptionnelle pour ce 23 janvier1943, de Gaulle écrit :

« Mon cher ami,

« Comme vous vous en doutez, je me trouve ici depuishier, attiré par l’aréopage anglo-américain qui s’est enfermé dans cetteenceinte… Il s’agit d’obliger la France Combattante à se subordonner au général



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