
Un officier aussi lucide que le Feldmarschall Erwin Rommelécrit à sa femme :
« Pour les combats qui se préparent nous ferons notredevoir comme le pays l’attend de nous. »
À Stalingrad, alors que dans ces premiers jours de janvier1943 se déchaîne l’artillerie russe, un officier allemand, le colonel Selle, écrit :
« La porte du tombeau est en train de se refermer surnous. »
Année 1943 : une seule certitude sur ce qui va advenir.
De mille façons, dans le cercueil d’acier qu’est un tank, sousl’amas des décombres d’un immeuble bombardé, pendu à un gibet, abattu d’uneballe dans la nuque, tué par un éclat d’obus, brûlé vif, jeté vivant dans unefosse commune, étouffé dans un wagon qui roule vers Auschwitz, ou asphyxié dansune chambre à gaz, et de mille autres façons encore, des millions d’humainsvont mourir.
PREMIÈRE PARTIE
Janvier
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février 1943
« Unsoleil d’hiver brille, à Stalingrad, au-dessus des tombes collectives, au-dessusdes stèles improvisées, les morts dorment sur les hauteurs des collines, prèsdes ruines des ateliers d’usine, dans des ravins et des combes, ils dorment làoù ils se sont battus et leurs tombes se dressent près des tranchées, descasemates, des murs de pierre percés de meurtrières qui n’ont pas cédé à l’ennemi,comme un monument majestueux à la simple loyauté payée au prix du sang. Terresainte… Cette ville avec des centaines d’hommes en vestes matelassées, encapotes, en chapkas à oreilles, des hommes occupés au travail de la guerre quine connaît pas le repos, qui portent des bombes comme on porte du pain, sous lebras, qui épluchent des pommes de terre auprès de la gueule pointée d’un canonlourd, qui se chamaillent, chantent à mi-voix, racontent un combat nocturne àla grenade. Tant ils sont grandioses, et tant ils sont quotidiens dans leurhéroïsme même. »
