
Vassili GROSSMAN, article pour
Krasnaïa Zvezda,intitulé
« Aujourd’hui àStalingrad »
Janvier 1943
1.
En ces premiers jours de janvier 1943, les soldats de la VIe arméeallemande du général Paulus, encerclés dans Stalingrad, savent qu’ils vontmourir.
Le télégramme que leur a envoyé von Manstein : « Tenezbon, je vais vous sortir de là – Manstein », « c’était mieux qu’untrain bourré de munitions et qu’un avion Junker plein de ravitaillement »,s’est exclamé un jeune lieutenant.
Les soldats ont vu, à la mi-décembre, les signaux lumineuxque leur adressaient leurs camarades parvenus à 50 kilomètres deStalingrad. L’opération Tempête d’hiver semblait donc près de réussir.
Il fallait aller à leur rencontre !
Mais Hitler ordonne à Paulus de « tenir bon là où ilest ». Il hurle, apostrophant son chef d’état-major le FeldmarschallZeitzler : « Je ne quitterai pas la Volga, je ne me replierai pas. »
Zeitzler, accablé, insiste :
« Je conjure instamment le Führer d’autoriser, sansrestriction, cette tentative de “sortie”, notre unique chance de sauver les 200 000 hommesde Paulus. Le Führer refuse de céder. En vain, je lui décris les conditionssévissant dans notre pseudo-forteresse, le désespoir de nos soldats affamés, leurmanque de confiance dans le commandement, les blessés expirant faute dematériel médical, des milliers d’autres mourant tout simplement de froid. LeFührer demeure aussi insensible à ces arguments qu’aux précédents. »
Les soldats allemands savent donc qu’ils vont mourir. Ils seterrent « à quinze dans un bunker, c’est-à-dire dans un trou dans le solde la taille d’une cuisine ».
