
Le front de l'Est, le front de l'Est... répètent les officiers. Rommel obtient d'échanger quelques mots en tête à tête avec le Führer. Il veut le convaincre de concentrer toutes ses forces près du secteur côtier.
Hitler hoche la tête, s'apprête à recevoir d'autres généraux.
Rommel s'éloigne.
« Le dernier qui sort de chez le Führer a toujours raison », dit-il.
Il reprend ses inspections, se rassure en constatant que les soldats sont déterminés, sûrs de repousser les ennemis à la mer.
Rentré à son quartier général, Rommel médite, joue avec ses chiens.
« Il faudra que tu achètes toi-même un chien, écrit-il à sa femme. C'est une chose surprenante que le pouvoir qu'ont ces animaux de nous distraire et de nous faire oublier nos soucis. »
Von Rundstedt, qui lui rend visite à son quartier général, lui rapporte les rumeurs qui courent dans l'entourage du Führer. Les services de renseignements, l'Abwehr, assurent qu'elles proviennent de pays neutres.
« Staline a demandé quantité de choses à ses alliés : livraison d'une flotte, de pétrole, de ports en Afrique du Nord, fixation d'une date précise pour l'ouverture d'un second front...
« Si ces demandes ne reçoivent pas de satisfaction, écrit Rommel, Staline ne se considérera plus comme lié par ses précédents accords avec les Alliés. Ce serait magnifique si c'était vrai ! »
Rentrant fin mars d'une tournée sur les côtes de Normandie et du Cotentin, Rommel ajoute dans une lettre à sa « très chère Lu » :
« Hier, ce que j'ai vu m'a rendu optimiste. Bien qu'il y ait encore nombre de lacunes à combler, c'est avec confiance que nous pouvons envisager l'avenir. »
2.
La confiance de Rommel va s'effriter au fil des premières semaines de cette année 1944, qui sera, il le sait, le moment du destin pour le IIIe Reich de Hitler.
