« Je viens d'obtenir un sursis », murmure Ruth.


Pour des centaines de milliers d'autres - plusieurs millions - il n'y a pas de sursis.

L'écrivain journaliste Vassili Grossman recueille les témoignages de quelques-uns des survivants de la communauté juive de Berditchev, sa ville natale.

Sa main tremble quand il évoque les Ukrainiens qui ont été complices des soldats allemands. Ils se sont partagé les biens de ceux qu'on allait exterminer. Ils ont dénoncé, ils ont livré leurs voisins aux tueurs nazis.


Il y a les Juifs que les soldats forcent à sauter dans d'énormes fosses pleines d'un produit à tanner, très corrosif.

Les Allemands qui prennent part à cette « exécution » la considèrent comme un « divertissement ». Ils tannent de la peau juive !

D'autres obligent les vieux à se couvrir de leur tallith - châle de prière - et à célébrer le service religieux dans la vieille synagogue, en priant Dieu de pardonner les fautes commises contre les Allemands.

Puis les soldats ferment les portes de la synagogue et mettent le feu à l'édifice.

C'est aussi un massacre « divertissant ».

Et l'est aussi celui qui consiste à ordonner aux femmes juives de se dévêtir, de traverser une large rivière, et à les contraindre de nager en leur promettant la vie sauve. Puis les soldats les forcent à aller d'une rive à l'autre jusqu'à ce qu'elles meurent noyées d'épuisement.

Divertissant !

Comme l'est l'exigence d'un officier allemand qui veut que le vieux boucher rituel montre comment « le Juif travaille ». On lui tend son coutelas et on pousse devant lui les trois petits enfants de la voisine.


Telle est la réalité de la guerre voulue et conduite par Hitler.


Le Führer, ce 1er janvier 1944, lance un appel au peuple allemand.

Il pourrait reprendre mot à mot le discours qu'il avait prononcé le 1er septembre 1939, le jour de l'agression contre la Pologne allumant ainsi l'incendie de la Deuxième Guerre mondiale.



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