Le général Radford eut l’impression qu’une sorte de brouillard lui entourait l’esprit. Cette fois le silence dura une bonne minute. Chacun se posait la même question : « Quel terrifiant secret pouvait avoir poussé l’un des hommes les plus puissants des U.S.A. à se suicider ? » Ce n’était pas par pur altruisme qu’ils s’interrogeaient. Tous ceux qui étaient présents savaient que Foster Hillman était en possession de presque tous les secrets intéressant la défense des U.S.A. Il fallait être absolument certain que sa mort n’avait aucun rapport avec son métier. Au moment où le docteur Buck allait se retirer sur la pointe des pieds, David Wise, directeur de la Division des Plans à la C.I.A. hasarda :

— Et sur le plan, euh ! mental, Doc ? Le général Radford répondit à sa place :

— Je travaillais tous les jours avec lui. Aussi sain d’esprit que moi-même.

Il regarda Wise d’un air si méchant que ce dernier renonça définitivement à mettre en doute les facultés mentales de son chef défunt.

— Eh bien, fit d’un ton morne James Coburn, l’homme de la N.S.A., il n’y a plus qu’à annoncer à la presse que le grand patron de la C.I.A. s’est suicidé pour une raison inconnue et incompréhensible, et qu’on lui cherche un remplaçant !

Le général Radford pivota dans son fauteuil comme un boxeur qui vient d’encaisser un coup violent et cracha un bout de cigare tout mâchonné.

— La presse, mais c’est impossible…

L’homme de la N.S.A. revint à la charge un peu ironiquement. Il prenait sa revanche de l’affaire Mitchell

— Vous voulez peut-être l’enterrer au fond du jardin sans rien dire à personne et nommer discrètement un remplaçant. À force de faire des secrets vous devenez complètement cinglés. Nous vivons en démocratie, bon sang. On ne peut pas cacher une mort pareille…



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