
L’homme était maintenant assis sur le bord, les deux pieds dans le vide. Clifton hurla, de toute la force de ses poumons, oubliant tout respect :
— Eh ! vous, vous êtes dingue ou quoi ?
Sa voix ne devait pas dépasser le dixième étage. Sans trop savoir pourquoi, il dégaina son lourd 45 automatique réglementaire et le brandit vers la petite silhouette, vociférant et gesticulant. Le garde du hall arriva près de lui, leva la tête, eut une exclamation étouffée et rentra dans le bâtiment en courant pour se ruer sur un téléphone. Toute la scène n’avait pas duré dix secondes. Complètement affolé, posant son Colt par terre, Clifton Carter mit ses mains en porte-voix et hurla, à se faire péter les poumons.
— Ne sautez pas !
À la fenêtre il y eut un léger mouvement. Plus tard, Clifton Carter soutint que l’homme lui avait fait un geste apaisant de la main. Il se pencha en avant et sembla rester immobile une fraction de seconde. Puis, brutalement, il fonça vers le sol à une vitesse vertigineuse.
Pétrifié, Clifton Carter sentit une nausée lui tordre l’estomac. Il vit tournoyer lentement le corps, effectuer presque un saut périlleux et se retrouver assis glissant toujours le long de la paroi de verre. Alors il colla ses mains à ses oreilles, ferma les yeux et hurla. Le choc le fit tressauter une fraction de seconde. Il eut l’impression que s’était lui qui était tombé, ressentit la douleur dans tous ses os. Tremblant comme une feuille, il ouvrit les yeux et regarda autour de lui : l’homme était étendu sur le dos, complètement disloqué, la jambe gauche repliée en trois morceaux, un bras sous le torse, au milieu du frais gazon qui entourait le building.
Des gens couraient dans le hall. Surmontant sa répulsion, Clifton s’approcha.
