
Le général Radford acquiesça chaleureusement : Malko lui était sympathique.
— Nous commençons demain matin. Pour débuter vous viendrez seulement ici, au bureau. Bien entendu, à partir de maintenant, vous n’avez le droit de communiquer avec personne. Vous coucherez ce soir dans une des salles de repos de l’étage ou sur cette banquette. Personne ne vous dérangera, je donnerai des ordres.
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Malko soupira en contemplant le bleu d’architecte étalé devant lui. C’était tentant. Tentant, mais hors de prix.
L’entrepreneur qui s’occupait de la réfection de son château en Autriche lui faisait miroiter un nouveau moyen d’engloutir des sommes folles dans ses vieilles pierres. Il prétendait avoir découvert, dans les archives du village de Liezen, d’anciennes gravures représentant le château au XVIIIe siècle. Or à cette époque, le perron actuel n’existait pas, à sa place il y avait une rampe de pierre en pente très douce permettant, disait l’entrepreneur, de monter à cheval jusqu’à la galerie du premier étage ouvrant sur les salons. Le rez-de-chaussée étant alors réservé aux communs.
On suggérait donc respectueusement à Son Altesse Sérénissime le Prince Malko de reprendre ces dispositions qui ne manqueraient pas de donner un éclat particulier à cette vieille demeure. Il n’en coûterait que la bagatelle de 250.000 schillings autrichiens, environ 10.000 dollars…
Malko n’arrivait pas à détacher ses yeux de l’esquisse tracée par l’architecte. Cela avait une allure folle. Évidemment, on ne circulait plus tellement à cheval… À défaut, il pourrait toujours y faire grimper sa Jaguar. Et, de temps en temps, pour une grande fête, exiger de ses invités qu’ils viennent à cheval. L’idée lui plaisait. La pensée l’effleura une seconde que l’entrepreneur eût inventé de toutes pièces cette histoire pour lui soutirer un peu plus d’argent, sachant l’amour qu’il portait à son château : le parc étant resté en Hongrie, il avait à cœur de restaurer au mieux les bâtiments. Mais le fidèle Krisantem l’aurait découpé en morceaux pour une telle félonie… Il sortit donc son stylo et écrivit en marge du bleu : « d’accord ». Puis il signa.
