Malko, ébloui par les néons en dépit de ses lunettes et assourdi par les hurlements sortant des boutiques de disques, s’arrêta devant le cinéma Star.

Il n’était ni meilleur ni pire que les autres. Quelques Noirs étaient agglutinés devant les photos à la limite du porno extraites de Sex in Bangkok, navet érotique en scope et en couleurs. Deux pédérastes en vêtements élimés dévisagèrent Malko avec envie. Son costume bien coupé détonait dans cette ambiance. À part quelques touristes en mal de sensations, le trottoir n’était arpenté que par les déchets de l’immense ville, prêts à tout pour se faire quelques dollars. Un jeune Noir bouscula Malko et lui souffla dans une haleine de pop-corn rance :

— Want a shot ? Ten bucks

Étonnant de penser que l’héroïne était en vente libre à cinq cents mètres de Times Square.

Malko s’approcha de la caisse et demanda une place. La caissière prit son dollar sans même lever les yeux, absorbée par la lecture d’une bande dessinée du New York Post.

L’intérieur était glacial. L’air conditionné marchait à fond, engagé dans une lutte inégale contre la puanteur de la salle. Un ouvreur désabusé montra une rangée de fauteuils à moitié vide à Malko et replongea dans sa sieste. Il dormait debout, comme les chevaux. Connaissant sa clientèle, la direction du Star maintenait un demi-éclairage pour éviter des scènes trop choquantes et les yeux de Malko s’accoutumèrent vite à l’obscurité.

Curieux endroit pour fixer un rendez-vous au Chef de la Central Intelligence Agency. L’odeur flottant dans la salle défiait toute description : un mélange de sueur, de crasse, de parfum bon marché et de tabac froid. La moleskine du siège sur lequel s’assit Malko était gluante de crasse. Il en frissonna de dégoût. Sa montre indiquait huit heures et quart.



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