
Quelque part dans la salle, il y avait une femme qui connaissait le secret de Foster Hillman, une femme assez puissante pour faire chanter le patron de la C.I.A. Malheureusement, Malko n’avait aucun moyen de l’identifier.
Sauf sa voix. Évidemment, il était possible d’arrêter toutes les femmes présentes, de les faire parler. Et après ?
Malko repassait dans sa tête la voix de l’inconnue. Cet accent ne lui était pas étranger. Mais où diable l’avait-il entendu ? S’il n’était pas servi par la chance, le dispositif mis en place par Radford ne servirait à rien.
La C.I.A. avait bien fait les choses. Ne pouvant opérer sur le territoire américain, le général Radford avait demandé au F.B.I. de lui prêter main-forte. Vingt-cinq agents étaient embusqués dans le cinéma ou quadrillaient la rue.
De la cabine de l’opérateur du Star, deux hommes du F.B.I. surveillaient la salle.
Tous avaient eu un briefing auparavant avec Malko. Ils avaient l’ordre de suivre ses instructions à la lettre. Pour plus de sûreté, les deux gorilles de la C.I.A. avec qui Malko avait déjà souvent travaillé, Chris Jones et Milton Brabeck, regardaient Sex in Bangkok depuis six heures du soir.
À quoi bon tout cela ? pensa Malko. Celle avec qui il avait rendez-vous attendait Foster Hillman, pas Malko. Elle ne se manifesterait pas. Il aurait fallu trouver un sosie du patron de la C.I.A. Malko ne regardait même pas l’écran, surveillant la salle. Celle qu’il cherchait pouvait se trouver n’importe où. À moins qu’elle ne soit restée dehors, guettant les arrivants. Pourvu que le remue-ménage du F.B.I. ne lui ait pas donné l’alerte.
À côté de lui, un gros homme, en chemise ouverte jusqu’au nombril, mangeait bruyamment des cacahuètes en ponctuant de remarques obscènes les scènes les plus croustillantes. Voyant que Malko était seul, il lui fit partager à haute voix ses impressions, allant même jusqu’à lui taper sur les cuisses. Bon prétexte pour changer de place. Il n’y avait aucune femme dans les parages. Il alla s’installer à six rangées de là, dans un no man’s land de moleskine. Soudain, une femme vint s’asseoir près de lui. Volontairement, car il y avait des places libres tout autour.
