
Malko se raidit. C’était impossible ! Il n’était pas Foster Hillman. Personne ne pouvait savoir le rôle qu’il jouait. À moins que… les hypothèses les plus folles tournaient dans sa tête. Du coin de l’œil, il dévisagea sa voisine. Elle semblait jolie, pouvant avoir une trentaine d’années, ses cheveux blonds relevés en chignon.
Son parfum était agressif mais supportable. Dans la demi-obscurité, Malko suivait tous ses gestes. Aussi la vit-il ouvrir son sac et en sortir un rectangle de papier : une carte. Elle la garda un instant dans la main, puis, tranquillement, la glissa dans la poche gauche de son veston. Elle sourit en même temps. Puis, sans lui laisser le temps de réagir, elle se leva et sortit de la travée.
Malko se dressa à son tour, d’un bond. Il n’avait qu’un cri à pousser pour que le film s’interrompe et que les issues soient bouchées. Il ouvrait déjà la bouche quand il vit la fille s’asseoir quatre rangées plus loin près d’un homme seul.
Rassuré sur ses intentions immédiates, il se pencha sur la veilleuse près de son siège et regarda la carte. Il faillit éclater de rire en dépit du tragique de la situation : deux lignes, en belles lettres gothiques, annonçaient : Gloria Franch, massages à domicile, toutes heures, sur rendez-vous…
Il s’était tout simplement fait racoler.
C’était plutôt maigre comme résultat. De nouveau, il scruta la salle.
En vain. Il y avait une vingtaine de femmes seules et pas mal de couples. Rien ne disait que l’inconnue ne serait pas accompagnée. Il pensa à Foster Hillman étendu dans la petite morgue de la C.I.A. à 300 miles de là. S’il avait pu parler…
