
Perdu dans ses pensées, Malko n’avait pas vu le temps passer. Il y eut une explosion de musique sur l’écran, il aperçut au passage un baiser en gros plan humide et la lumière se ralluma. Provisoirement, il n’y avait plus de sexe à Bangkok. Indécis, il regarda autour de lui. La moitié des gens se dirigea vers la sortie. Certains ne se réveillèrent même pas. À deux rangées de Malko, un Porto-Ricain, qui avait entrepris de déshabiller sa compagne et en était au soutien-gorge, n’interrompit pas sa besogne. Blasés, les ouvreurs ne regardaient même pas. Il en fallait plus que cela pour ameuter le Star. Malko consulta sa montre et se sentit envahi par le découragement : neuf heures et demie. La femme était peut-être venue et repartie. Et il attendait pour rien.
C’est en pensant à l’inconnue que, brusquement, il se souvint ; l’accent, cet accent étrange, à la fois doux et roulant, c’était l’accent iranien. Sa fantastique mémoire ne pouvait pas le tromper. Il avait encore dans l’oreille la voix des Iraniennes qu’il avait connues au cours de sa mission à Téhéran
Il se leva, très excité : c’était une piste. Il cherchait maintenant une femme au type oriental. Cela ne devait pas foisonner au Star. Si elle y était.
Cela valait la peine de regarder. Il parcourut rapidement les rangées de fauteuils. Heureusement, la salle était maintenant aux trois quarts vide. Aucune femme ne répondait au signalement. Il se dirigea vers la sortie, suivi à distance respectueuse par Chris Jones et Milton Brabeck, à qui les yeux sortaient de la tête après quatre heures de Sex in Bangkok.
Après le froid de la salle, l’air dehors semblait poisseux et brûlant. Les mêmes Noirs écarquillaient les yeux devant les affiches de filles nues. La boutique de disques continuait à solder son stock de Twist dans un effroyable tintamarre. Chris rejoignit Malko, tout égrillard.
