
— Vous, la petite dame, venez ici, hurla-t-il d’une voix de stentor.
Il se pourléchait les babines d’avance en pensant aux cinq dollars qu’il allait lui faire verser pour avoir traversé au vert. Aux U.S.A., on ne plaisante pas avec ces choses-là.
D’une dernière enjambée, la femme parvint au trottoir, à quelques mètres du policier à cheval. Ce dernier se trouvait entre elle et le métro. Déjà, il sautait à terre, tournant le dos à la femme. Malko, Chris et deux agents du F.B.I. crièrent en même temps. Elle avait sorti de son sac un pistolet et visait le dos du policier, calmement, comme au stand.
Le bruit des deux détonations fut étouffé par la rumeur de la circulation. Mais le policier, le pied gauche encore pris dans son étrier, bascula sur le trottoir, perdant sa casquette. Bien dressé, le cheval hennit mais ne bougea pas. Le policier tourna des yeux ahuris vers la femme. Il ne comprenait pas. Il avait déjà du sang plein la bouche. Le visage dur, sa meurtrière passa près de lui en courant, sans un regard. Surmontant le feu qui lui brûlait la poitrine, il se tourna un peu sur le côté et parvint à sortir son gros 45 à barillet de sa gaine. Il releva le chien et, à travers les pattes du cheval, visa la silhouette qui disparaissait dans l’entrée du métro.
À demi inconscient, il entendit des cris « don’t shoot, don’t shoot »
Dans l’escalier du métro, la femme parut glisser sur une peau de banane. La balle du gros 45 l’avait frappée juste entre les deux omoplates. Ses bras battirent l’air et elle tomba en arrière. Elle roula un peu sur elle-même, et resta immobile en face du stand des journaux étrangers, sur le ciment gras et sale.
