La fièvre cogne à mes tempes et mon regard est brûlant. Y a comme une vapeur tremblotante devant ma vue.

Un pas preste dans l’escalier.

Le voilà ! Tiens, je me rappelais plus qu’il était si petit. D’après Dalida qui a bien connu les deux, Napoléon Ier était de la même taille, mais en plus grand ; probablement à cause des bottes, de la gloire et du bicorne. Il suffit de pas grand-chose pour rehausser un homme, et d’encore moins pour l’abaisser.

Le Prestigieux est debout, à l’orée de ma chambre, captant celle-ci de son œil paterne de busard perché, engoncé dans ses plumes et guignant l’arrivée de la diligence.

Je rassemble ce qui me reste de salive, mais ma pauvre bouche martyre n’en contient pas plus qu’une banane déshydratée.

— M’ rspct, m’st l’ Prsdnt ! articulé-je tant mal que bien, incapable de prononcer les belles et pleines voyelles, ces fruits mûrs de la langue.

Il s’avance de son pas mécanique d’automate d’avant-guerre. Y a même le bruit, mais il provient d’un début d’arthrose.

Il est saboulé en clair, dans ces teintes beigeâtres qu’il affectionne et qui sont si peu compatibles avec sa fonction. Un jour que son psychanalyste était soûl, il m’a confié que ce penchant pour les complets café au lait a pris sa source dans son adolescence, lorsque le futur illustre contemplait la vitrine des Dames de France de sa ville.

Le Président garde ses bras le long de son corps. Je n’aurai pas droit à la poignée de main contaminatrice.

Sa belle figure d’empereur romain constipé est mystérieuse comme une nuit dans la jungle birmane. Enfin, ses lèvres s’avancent pour proférer. Quand il va dire, une brusque malice maquignonne éclaire son regard.

Je pense qu’il va s’enquérir de ma santé ; au lieu de, il murmure en désignant le journal étalé sur le lit :

— Vous lisez Libération ?



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