— Oui, dis-je, c’est le seul hebdomadaire qui paraisse tous les jours.

Le plumier des Français charge ses lèvres d’une moue. Puis il déclare :

— Ces gens ont trop d’esprit pour être sincères. Ils me font davantage de mal que certains confrères de l’opposition.

Un temps.

J’ai la présence d’esprit de proposer :

— Asseyez-vous, monsieur le Président.

Mon visiteur avise une chaise ancienne, en bois de noyer, qui appartenait déjà à la grand-mère de Félicie. Il va l’emparer et la plante presque au mitan de ma turne, soucieux de préserver sa position de monarque et de mettre un espace convenable entre mes staphylocoques — fussent-ils dorés — et lui.

Son attitude est celle qu’il adopte pour se faire photographier en compagnie d’un chef d’Etat étranger ; que généralement, t’auras remarqué, les deux potes-en-tas sont assis à dache, à des années-lumière l’un de l’autre, ce qui doit les obliger à hurler pour échanger leurs confidences dans des dialectes différents.

— Votre visite m’honore, je lâche.

Toujours sans placer les voyelles, mais je les mets dans mon texte, pas que tu te fatigues la cérébrance.

Battements de paupières. Il conçoit qu’effectivement sa venue soit comblante. Il a la mimique du grossium qui lâche un pourboire démesuré mais que les remerciements agacent.

Les gonziers rechargeurs continuent de noyer notre rue sous des flots visqueux et l’air empeste le goudron en fusion.

J’attends que le Président s’explique. Mais rien ne vient. Il reste assis sur sa chaise comme sur son prie-dieu à la messe du dimanche ; bloqué dans sa rêverie boudeuse.

Ce genre de scène muette devient vite pénible ; aussi prends-je sur ma gorge de rompre le silence :

— Puis-je vous demander la raison de votre venue, monsieur le Président ?

De la main, il m’enjoint de la boucler, ce dont je ne demande pas que mieux, comme dirait Bérurier.



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