Marguerite lui avait apporté régulièrement du café jusque sur le coup de deux heures du matin. Exténuée, la pauvre femme était partie s'allonger dans sa chambre. Archibald, lui, avait continué à veiller et à relire, en long, en large et en travers, tous ses livres dans l'espoir d'y découvrir une solution à son problème. Mais toutes ces recherches s'avérèrent inutiles et vers cinq heures du matin, il s'était assoupi à son tour, sans même attendre le chant du coq. Il était tellement épuisé qu'il avait immédiatement sombré dans un profond sommeil et rien ni personne n'aurait pu l'en tirer. Sauf évidemment le rire atroce de Maltazard qui, comme chacun le sait, réveillerait un mort, bien que sa spécialité soit plutôt de les endormir à tout jamais.

Archibald sursaute, comme l'ont fait tous les écureuils et il fait trois tours autour de son fauteuil avant de réaliser qu'il est au milieu du salon. Il reprend un peu ses esprits et plisse légèrement les yeux pour mieux localiser la provenance de ce bruit inhumain. C'est amusant, d'ailleurs, de constater qu'on plisse souvent les yeux pour nous aider à tendre l'oreille. Il y a là une liaison bien mystérieuse et qui marche dans les deux sens puisque, quand on se fait tirer l'oreille, on a aussi tendance à plisser les yeux.

Quoi qu'il en soit, Archibald tend l'oreille et se demande qui l'on peut bien égorger à une heure aussi matinale. Mais à bien tendre l'oreille, il constate que même un cochon qu'on égorge pousse des cris plus mélodieux. Ce bruit-là est plus glacial, plus horrible, plus perturbant. Mais aussi tellement puissant qu'il a décroché un cadre du mur. C'est une photo de famille qui se retrouve au sol, noyée sous les débris de verre. Le grand-père saisit délicatement la vieille photographie, jaunie par le temps. On y voit Arthur et ses grands- parents, souriant à la vie, au bonheur.



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