
Archibald sursaute, comme l'ont fait tous les écureuils et il fait trois tours autour de son fauteuil avant de réaliser qu'il est au milieu du salon. Il reprend un peu ses esprits et plisse légèrement les yeux pour mieux localiser la provenance de ce bruit inhumain. C'est amusant, d'ailleurs, de constater qu'on plisse souvent les yeux pour nous aider à tendre l'oreille. Il y a là une liaison bien mystérieuse et qui marche dans les deux sens puisque, quand on se fait tirer l'oreille, on a aussi tendance à plisser les yeux.
Quoi qu'il en soit, Archibald tend l'oreille et se demande qui l'on peut bien égorger à une heure aussi matinale. Mais à bien tendre l'oreille, il constate que même un cochon qu'on égorge pousse des cris plus mélodieux. Ce bruit-là est plus glacial, plus horrible, plus perturbant. Mais aussi tellement puissant qu'il a décroché un cadre du mur. C'est une photo de famille qui se retrouve au sol, noyée sous les débris de verre. Le grand-père saisit délicatement la vieille photographie, jaunie par le temps. On y voit Arthur et ses grands- parents, souriant à la vie, au bonheur.
