
— Quoi donc ?
— Ta croissance. Mais maintenant, ta mère pense, enfin… on pense tous les deux qu’il est temps pour toi d’aller retrouver ta propre race. Je veux dire, ce n’est pas juste de te garder enfermé ici sans compagnie à ta taille. » Son père tripotait un rivet desserré de son casque, signe infaillible d’inquiétude. « Euh… ajouta-t-il.
— Mais c’est vous, ma race ! protesta Carotte, au désespoir.
— Par certains côtés, oui, reconnut son père. Par certains autres, plus exacts et appropriés, non. Tout ça, c’est une histoire de génétique, t’vois. Alors, ce serait peut-être une bonne idée si tu t’en allais courir le monde.
— Quoi, pour toujours ?
— Oh, non ! Non. Bien sûr que non. Reviens nous voir quand tu veux. Mais, enfin, un gars de ton âge, rester comme ça sous terre… ce n’est pas normal. Tu comprends. Enfin, quoi. Plus un enfant. Te traîner la plupart du temps sur les genoux et tout. Pas normal, ça.
— C’est quoi, ma race, alors ? » demanda Carotte, déboussolé.
Le vieux nain prit une profonde inspiration. « Tu es humain, répondit-il.
— Quoi ? Comme monsieur Vernessi ? » Monsieur Vernessi montait les pistes de la montagne en char à bœufs une fois par semaine afin de troquer des articles divers contre de l’or. « Je suis du peuple des Grands ?
— Tu fais un mètre quatre-vingt-dix-huit. Lui, il ne fait qu’un mètre cinquante. » Le nain tripota encore le rivet desserré. « Tu comprends la situation.
— Oui, mais… mais peut-être que je suis seulement grand pour ma taille, fit Carotte au désespoir. Après tout, s’il existe des petits humains, pourquoi il n’existerait pas de grands nains ? »
Son père lui donna une petite tape compatissante derrière les genoux.
« Faut regarder les choses en face, fiston. Tu serais mieux dans ton élément à la surface. Tu as ça dans le sang. Le plafond y est moins bas, aussi. » Tu arrêteras de t’assommer contre le ciel, songea-t-il.
